Résidus miniers sur la route 245

Ville : Bolton-Est
Catégorie : Patrimoine industriel
Crédit photo : Marc Seltzer

Cela peut surprendre… les résidus miniers, à mi-chemin entre Eastman et Bolton-Est, font partie du patrimoine paysager et historique. Ces débris orangés, et clôturés, sont les vestiges d’un complexe minier considérable, implanté à partir de 1865, celui de la mine de cuivre Huntington, alors l’une des plus importantes du Canada. À proximité se trouvaient deux autres mines.

À partir des années 1840, le géologue Sir William Dawson révèle la richesse minière des Cantons-de-l’Est. Dès 1860, selon le New York Times, une ruée vers le cuivre y attire des « hordes de prospecteurs yankees » et des « chercheurs de cuivre anglophones »… dans un état de chaude excitation (hot excitement). En fait, les débuts de l’industrialisation et la guerre de Sécession (1861-1865) font grimper la valeur du cuivre. Plusieurs dizaines de mines seront ouvertes.

Le premier propriétaire de la mine est Lucius Seth Huntington, avocat, homme d’affaires et député. Le gîte minier est découvert en 1865; l’honorable Huntington en fait l’acquisition. On doit construire des chemins d’accès, bâtir les ateliers de traitement du minerai ainsi que du logement pour les ouvriers et les dirigeants. Certains viennent d’aussi loin que la Cornouailles. Un puits est creusé et le minerai traité est transporté d’abord par attelages de chevaux jusqu’au chemin de fer de Waterloo, distant de 14 miles. En 1870, les attelages sont remplacés par un premier chemin de fer avec rails en bois.

Ainsi naît le village champignon Dillonton, comptant bientôt 400 habitants et devenant le hameau le plus considérable du Township de Bolton.

La vie minière est difficile. On embauche des femmes pour le tri du minerai et des enfants, à partir de 10 ans. Les accidents sont fréquents : explosions, incendies, blessés et décès. Cela n’émeut cependant pas la morale victorienne des dirigeants qui demeurent à faible distance. M. Huntington se fait construire une résidence d’été sur les rives du lac Dillon ou Long, à proximité. Il y donne soirées et réceptions; en 1878, il y accueille, en grande pompe, le Gouverneur général du Canada, Lord Dufferin.

Toutefois, alors que la valeur du cuivre chute, Huntington vend sa mine à grand profit – laquelle va péricliter, puis fermer, en 1883. Des relances surviendront pendant trois-quarts de siècle, au gré du prix du cuivre et des progrès technologiques : 1893, 1912, 1919. Quebec Copper Mine exploitera la mine entre 1954 et 1958.

Pendant des décennies, le gîte Huntington et son environnement sont sinistres. En 1937, un géographe écrit : « au milieu du rude paysage de Bolton, la vue des déblais du boccard, du sol et des pierres roussâtres, des bois brûlés à l’entour, compose un spectacle plus poignant que la sauvagerie de la nature ».

Le site devient « orphelin » après 1958. Six hectares sont toxiques et l’eau du lac Long est blanchâtre et opaque. Le Québec paiera la restauration entre 2002 et 2005. Les déchets miniers sont imperméabilisés et recouverts, puis les résidents du secteur plantent plus de 3 000 arbres.

On peut apprécier la réhabilitation en s’engageant dans le chemin de la Mine, à proximité.


Source : Patrimoine Bolton Heritage, par Serge Wagner

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